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Parler de soi ? Ça ne se fait pas… ou pas ?

 

Notre culture collective nous construit « assez » peu dans la valorisation de nous-mêmes, ou de grand-chose d’ailleurs.

Une culture du contrôle éducatif et institutionnel comme seul métronome de nos opinions. Nous sommes ce que l’autorité scolaire veut bien nous reconnaître, et, vu son niveau d’insatisfaction quelque peu chronique, il faut s’accrocher pour oser s’attribuer un mérite, une reconnaissance, de la confiance en fait.

Cette culture de l’insatisfaction s’illustre notamment par l’opinion sur la note : un 14/20 n’est jamais qu’un 20 moins quatre, plutôt qu’un 12 plus 2. Cela conduit à générer le sentiment d’un « jamais assez », qui, associé à une forme de dépendance à la reconnaissance accordée par l’autorité, produit une bonne vieille culture du manque de confiance.

L’encouragement serait-il dangereux ? Entraînerait-il une perte de pouvoir de l’autorité ? Son choix est fait : préserver le contrôle. Pour l’autonomie, la reconnaissance et la confiance individuelle…On verra plus tard.

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Bien entendu, il fait rappeler que dans chaque système, des initiatives individuelles apportent de la modernité, parfois au risque d’un rappel à l’autre. « De l’initiative, de l’esprit critique ? Malheureux ! Allez, un blâme. Rentrez dans le rang ». Imaginez la côte du lanceur d’alerte…

Et dans le monde professionnel. Ça donne quoi ?

Une certaine tendance à ne pas valoriser ses résultats et contributions, à maintenir une certaine retenue dans l’expression de ses opinions, à développer un besoin de constater du résultat certain avant de s’engager dans la satisfaction, dans sa visibilité, ou encore une culture du management par le contrôle, par le process, par le statut, par la fonction, par l’insatisfaction du travail du collaborateur, mais aussi du sien tout compte fait. Ou aussi, un management qui communique sur le « pas encore atteint » : les problèmes, plutôt que sur la valorisation des réalisations, même intermédiaires, ou avancements.

Et tout ça nourrit la performance et la satisfaction ? Pas sûr. D’ailleurs, la satisfaction comme élément de performance…pas mal, ou bien ?

Alors, on fait comment pour avancer ? On passe en mode autonomie. C’est-à-dire en capacité de s’apporter à soi-même ce que l’on pourrait attendre de l’autre, et notamment du manager : la reconnaissance.

Cela passe par s’accorder l’autorisation de pouvoir aussi se reconnaître des réussites, des résultats, de capacités, des talents, des potentiels. Le mot « aussi » est important. Car il est bien entendu que cette opinion se confronte à l’avis de l’autre (manager, ressources humaines, collègues, équipe), et participe à la formulation d’une opinion partagée, dont l’individu devient le contributeur, plutôt que le seul récepteur. L’autosatisfaction n’est en effet pas beaucoup plus constructive que l’auto-dévalorisation.

Constater ses propres points positifs, ses contributions, ses réalisations, alimente une conscience de cette capacité d’apport, qui devient la matière à diffuser, à partager, à faire savoir, à rendre visible.

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Parler de soi se révèle un exercice positif, s’il s’appuie sur des éléments factuels de réalisation, sur une capacité d’opinion contributive pour les autres, aussi. Parler de ses réussites ou bonnes pratiques, c’est apporter du contenu utile à l’autre.

Parler de soi s’associe aussi à la contribution des autres. Pas « moi ou l’autre », mais « moi et l’autre ».

Parler de ses opinions et réalisations positives, c’est aussi alimenter un espace collectif en manque de visibilité,  en situation de compensation des facteurs externes négatifs, que les media institutionnels diffusent sans retenue. C’est participer à créer une réalité positive, pas à la place de la réalité négative, mais en « contre-proposition », en rééquilibrage d’une réalité plus globale et moins partielle, voire partiale.

C’est investir du positif individuel dans le sens collectif.

C’est soutenir l’encouragement de la réalisation, pour nourrir une motivation à poursuivre l’effort, à avancer vers l’objectif, à croire simplement en la possibilité de faire, à nourrir un espace de reconnaissance, qui complétera celui construit par l’individu.

Ce qui est transmis aide à construire, à structurer, aussi.

A chacun de choisir ce qu’il souhaite transmettre, et dépasser l’attente de vouloir recevoir. Après tout, ne reçoit-on pas « juste » une partie de ce que l’on donne ?

Stéphane Lhermie

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